Il était une fois
les petits châtelets
De la congrégation religieuse au tiers-lieu culturel foisonnant d’aujourd’hui, les Petits Châtelets racontent plus de 170 ans d’histoire sociale, religieuse et artistique à Alençon.
En 1855, l’abbé Lindet, prêtre du diocèse issu d’une famille de tisserands de Courteille, lègue sa propriété du Vieil enclos des Châtelets à la congrégation des Sœurs de Marie-Joseph du Dorat. Celles qui ont pour mission l’assistance corporelle et spirituelle des prisonniers y fondent une maison de refuge pour les détenues libérées et sans asile de l’Orne.
L’emplacement de cette propriété favorise l’isolement jugé indispensable au projet de rééducation. La propriété représente un peu plus d’un hectare et se compose « d’une maison de maître, de jardins, d’écurie, d’une étable, de caves, d’un grenier, d’un hangar, d’un lavoir, d’une cour sise sur la Briante, de lieux d’aisance, d’un puits, d’une cour devant les bâtiments, d’un jardin anglais derrière, d’un jardin potager devant, de vergers et herbages, d’un réservoir à poissons dans le jardin, le tout clos de murs, et de haies ».


En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État empêche les religieuses de travailler dans les prisons. Elles s’occupent alors de jeunes délinquantes et les Petits Châtelets deviennent un foyer d’accueil pour enfants en difficulté et un orphelinat. Ces lieux sont à la fois un lieu de privation de liberté, de rééducation morale et d’aide sociale. Ces institutions sont vivement critiquées au moment du vote des lois 1901 et 1905, en plein conflit entre confessionnels et laïques. À partir de 1968, beaucoup d’entre elles ferment leur portes.

En 1975, le volet social s’ancre donc définitivement aux Petits-Châtelets avec la création d’une Maison d’enfants à caractère social, qui est partie il y a peu. Simultanément s’ouvre un foyer d’hébergement, la Clarté, qui accueillera en plus de 35 ans 1 500 femmes seules en difficulté et leurs enfants.


Cette fabrique culturelle et artistique réunit un collectif d’une vingtaine d’artistes. Autre association motrice de ce tiers-lieu foisonnant, l’association Courts Circuits, présente au sein des Petits Châtelets depuis 2014, œuvre pour des actions citoyennes autour du partage, de l’échange et du développement durable. Elle a ouvert en 2020 une guinguette dans la cour de l’ancienne école des Petits Châtelets et plus récemment un gîte pour les cyclotouristes. Outre ces deux structures, ce tiers-lieu historique héberge aujourd’hui une trentaine de compagnies, associations, artistes et artisan.es, jardinier.es et producteur.trices, dont la plupart est soutenue par le Département de l’Orne et par la Ville d’Alençon.
Un collectif d’associations et de citoyens a alors été créé afin de fédérer nos actions et d’organiser cette sauvegarde. Il existe une issue possible, un plan a déjà été élaboré pour permettre aux associations locataires de maintenir leur activité.
Au-delà de l’urgence, ce plan de sauvegarde a permis d’ouvrir une réflexion collective sur l’avenir de cet espace essentiel. De cette dynamique émergent déjà des perspectives concrètes, comme la rénovation de certains bâtiments de manière écologique, mais aussi la création de nouveaux espaces ouverts au public : théâtre de marionnettes, café associatif, logements étudiants, parcours sensoriel dans les jardins, etc… Comme à Caen, Nantes, Marseille ou même Pré-en-Pail, osons rêver le tiers-lieu comme l’avenir de notre ville !


Du refuge religieux à l’action sociale
À partir de 1870, de nouveaux bâtiments voient le jour : des ateliers, un lavoir semi-enterré puis un couvent composé de trois bâtiments organisés autour d’un cloître. Puis en 1892, une première chapelle – qui sera détruite par les flammes – est édifiée au fond de la cour d’honneur. Ce n’est qu’en 1950, en prévision du centenaire de 1952, que la supérieure des Petits Châtelets fait appel à l’architecte Pierre Lucas pour construire une chapelle à nef unique. Elle est financée par les offrandes, des tombolas, des ventes de charité, des séances théâtrales des pensionnaires…

En 1938, les religieuses ouvrent une école primaire, puis, en 1966, un centre de formation accélérée pour les adolescentes.

Puis en 1990, les sœurs fondent une association qui ouvre une blanchisserie, créant ainsi des contrats emploi-solidarité. Par ailleurs, elles mettent en place un service de tutelle aux majeurs protégés.

Un patrimoine vivant à préserver
Après 143 années de service, la congrégation des Sœurs de Marie-Joseph quitte Alençon en 2000. Ce n’est qu’en 2008 que l’association Les Petits-Châtelets rachète les lieux pour la somme de 1,4 million d’euros. Après la fermeture et le départ de la Clarté, les bâtiments sont progressivement mis à disposition à des artistes. Puis dès 2015, la chapelle est occupée par l’association Chapêlmêle, qui promeut la culture pour tous.tes en accueillant des résidences d’artistes, des concerts, des expositions, des spectacles ou des ateliers…

Malgré tout, ce tissu associatif et artistique est menacé depuis mars 2024 et le départ de la Croix-Rouge, qui louait la moitié des bâtiments. Ces bâtiments vides ont été mis en vente mais, faute d’acquéreur, l’association Les Petits Châtelets ne peut plus faire face au reste de son emprunt de 540 000 €.
Ce récit n’est qu’un petit condensé du travail de mémoire réalisé en 2019 par les archives municipales d’Alençon et l’association les Petits-Châtelets, en collaboration avec Chapêlmêle, Transtopie et la Croix-Rouge française. Ce projet a vu le jour grâce au soutien de la DRAC dans le cadre de l’appel à projet « C’est mon patrimoine » et au soutien financier des archives départementales. Vous trouverez un récit bien plus détaillé ICI.
Les photos sont issues de la collection particulière des sœurs de Marie-Joseph et de la miséricorde et aux archives municipales d’Alençon.